La Pologne est devenue le seul État membre de l’Union européenne à ne pas encore adopter de législation nationale pour appliquer le règlement Markets in Crypto-Assets (MiCA), après que son président a opposé son veto au projet de loi et que le parlement n’a pas réussi à annuler ce veto.
Projet de loi MiCA bloqué, veto maintenu
Début décembre, le président Karol Nawrocki a refusé de signer un projet de loi qui aurait aligné les règles polonaises sur le marché des crypto-actifs avec le cadre MiCA de l’UE — pleinement applicable dans l’ensemble du bloc depuis fin 2024.
Cette loi, parfois appelée Loi sur le marché des crypto-actifs, visait à établir un régime national de délivrance de licences et de supervision pour les prestataires de services de crypto-actifs conformément à MiCA. Son rejet signifie que la Pologne ne dispose actuellement d’aucune autorité nationale habilitée à délivrer des licences ou à réglementer les prestataires de crypto selon les normes MiCA.
Par la suite, le parlement a échoué à lever le veto présidentiel, manquant la majorité requise de 18 voix. Par conséquent, la législation est désormais effectivement morte et devra être entièrement réécrite si le gouvernement tente à nouveau de l’adopter.
Division politique profonde
Le veto révèle une forte division politique à Varsovie sur l’orientation de la régulation des cryptomonnaies. Le président Nawrocki a présenté sa décision comme une défense des libertés économiques et de la souveraineté nationale, avertissant que certaines parties du projet de loi menaçaient les libertés civiles et pourraient imposer des charges disproportionnées aux entreprises.
En revanche, le Premier ministre Donald Tusk a soutenu qu’une réglementation structurée est essentielle pour protéger les consommateurs et la sécurité nationale, en citant des préoccupations concernant les marchés cryptos non régulés.
La Pologne, seule dans l’UE
Avec le projet de loi désormais bloqué, la Pologne se distingue parmi les 27 nations de l’UE — toutes ayant pris des mesures pour mettre en œuvre ou appliquer des règles conformes à MiCA au niveau national. D’autres pays ont déjà commencé à délivrer des licences aux prestataires de services d’actifs cryptographiques selon MiCA, offrant des droits de « passeport » à travers l’UE.
Les observateurs du secteur estiment que ce vide pourrait désavantager les entreprises cryptos polonaises, qui ne peuvent pas encore bénéficier du cadre réglementaire unifié de l’UE que leurs concurrents en Allemagne, à Malte, aux Pays-Bas et ailleurs exploitent désormais.
Quelle est la prochaine étape ?
Le gouvernement polonais doit désormais revoir sa stratégie de régulation des cryptomonnaies. Les législateurs pourraient présenter un nouveau projet de loi répondant aux préoccupations du président, ou choisir une autre voie législative pour s’aligner sur MiCA tout en préservant les objectifs politiques nationaux.
Les acteurs du secteur crypto suivront de près, car l’absence d’un cadre national clair pourrait influencer les décisions d’investissement, l’octroi de licences et l’innovation blockchain dans l’un des marchés d’actifs numériques historiquement dynamiques en Europe.

